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Séminaire d'Alger des 27 et 28 avril dernier : le statut de l'artiste en Algérie [27-05-2003]
 
Suite au séminaire organisé par l'association Ehan auquel avait participé Zone Franche (Marianne Lefort), sur le statut et les droits de l'artiste algériens, il a été diffusé le communiqué suivant :

COMMUNIQUE DE PRESSE

Face aux difficultés économiques et sociales auxquelles sont confrontés les artistes algériens, toutes disciplines confondues, ces derniers ont décidé de se réunir les 27 et 28 avril 2003 au siège de l’UGTA pour décider d’une stratégie commune visant à promouvoir un véritable statut de l’artiste.

Les participants ont déploré les conditions de vie et de travail qui leur sont imposées, et plus généralement l’absence de structures de formation et de création.

Les artistes ont également regretté les retards dans la mise en œuvre de la réglementation relative à leurs droits de propriété intellectuelle.

Pour faire face à cette situation, ils ont pris la décision de constituer un groupe de travail ayant pour objectif la création d’une organisation syndicale avant le 15 octobre 2003.

En présence de l’Union Générale des Travailleurs Algériens (UGTA), la Fédération Internationale des Acteurs (FIA), la Fédération Internationale des Musiciens (FIM), du Syndicat Français des Artistes Interprètes (SFA), du Syndicat National des Artistes Musiciens de France (SNAM) et de l’Association Internationale Zone Franche (le Réseau des Musiques du Monde), les artistes présents ont approuvé à l’unanimité la déclaration suivante :

DECLARATION D’ALGER

L’Algérie a un patrimoine culturel très dense et diversifié. Chaque région d’Algérie, grâce à ses artistes, renferme un vivier culturel inestimable. Longtemps, l’expression artistique a été malmenée et brocardée dans la mesure où elle représentait un espace de liberté et d’affirmation de soi.
Les artistes ont donné à l’Algérie un immense patrimoine culturel, sans avoir reçu en retour, la reconnaissance et la dignité que leur talent méritait.
Un grand nombre d’artistes ont été contraints de quitter leur pays, emportant avec eux toute la richesse artistique et économique que leur talent a générée et dont d’autres pays ont su profiter.
Dans d’autres cieux plus cléments, être artiste est un métier d’avenir, il vit décemment de son art. Il est respecté, adulé. Il est assuré. Il a des droits. Il a sa retraite. Pour un artiste algérien, point de statut : il n’est pas respecté, il n’est pas assuré, il n’a pas de retraite ; beaucoup d’artistes de grand talent terminent leur vie dans la misère et le dénuement, victimes de l’inexistence de tout statut social et professionnel.
L’Algérie a besoin plus que jamais de ses artistes pour se reconstruire. Elle a besoin de ses auteurs et de ses compositeurs pour écrire des textes et composer des mélodies, elle a besoin de ses artistes interprètes pour les faire vivre. Tous les artistes contribueront à bâtir une Algérie ouverte sur l’avenir et au monde.

Nous, artistes interprètes, réunis à Alger le 28 avril 2003 au siège et avec le soutien de l’UGTA, sommes persuadés que la Recommandation relative à la condition de l’artiste, adoptée à Belgrade par l’UNESCO en 1980 ainsi que la Déclaration finale du Congrès mondial de l’UNESCO sur la condition de l’artiste, adoptée à Paris en 1997, constituent une base pertinente pour la mise en place d’un cadre de réflexion visant à organiser et à structurer nos professions.

Nous affirmons que la qualité de travailleur culturel, reconnu à l’artiste, ne doit porter aucune atteinte à sa liberté de création, d’expression et de communication et doit, au contraire, lui assurer sa dignité et son intégrité.

Nous mettons en garde les pouvoirs publics contre tout accord de libéralisation commerciale qui mettrait à mal le maintien de la diversité culturelle.

Ces derniers temps, on assiste à une bataille culturelle sans merci dans le concert des nations où la culture fait partie intégrante d’un système économique. Conscient de cette nouvelle donne, l’occident s’est accaparé et approprié le potentiel artistique des pays du Sud. Des producteurs y ont consacré des moyens adéquats et les " musiques dites world " ont vu le jour.
Nous sommes convaincus que les artistes doivent participer à l’élaboration et à l’exécution des politiques culturelles nationales, à la fois, pour veiller à une évolution de leur condition et pour mieux jouer leur rôle de conseil vis-à-vis des gouvernements et des collectivités territoriales.

Nous sommes en plein accord avec le principe en vertu duquel, dans chaque pays, au moins 1% du montant global annuel des ressources publiques devrait être consacré aux activités de création, d’expression et de diffusion artistique.

Dans ce contexte économique, l’artiste doit percevoir une rémunération digne pour l’exercice de sa profession. Nous affirmons que l’artiste, travailleur culturel doit bénéficier en conséquence de tous les avantages juridiques, sociaux et économiques afférents à la condition de travailleur, compte tenu des particularités qui peuvent s’attacher à sa condition d’artiste.
Nous affirmons que tout artiste engagé pour effectuer une prestation doit bénéficier d’un contrat écrit en conformité avec les normes nationales et internationales.

Nous sommes persuadés que les pouvoirs publics devraient assurer aux artistes, par des mesures législatives et réglementaires appropriées, la liberté et le droit de constituer des organisations syndicales et professionnelles de leur choix, ainsi que de s’affilier à ces organisations, et faire en sorte que les organisations représentant les artistes aient la possibilité de participer à l’élaboration des politiques culturelles et des politiques d’emploi, y compris la formation professionnelle des artistes, ainsi qu’à la détermination de leurs conditions de travail. Il nous semble absolument nécessaire d’œuvrer auprès des pouvoirs publics afin de rétablir les circuits de spectacle vivant et de production audiovisuelle.

Il importe en particulier que le développement des organisations professionnelles indépendantes soit encouragé et que des mécanismes de concertation soient mis en place, là où il n’en existe pas encore. Il est souhaitable que la structure professionnelle nouvellement créée, afin d’en garantir l’efficacité, soit adossée à une structure représentative existante.

Il lui sera reconnu le droit à la négociation collective pour l’ensemble des professionnels ainsi que celui d’être associé au processus de décision de tout nature affectant leurs intérêts. Dans ce contexte, il est indispensable que le marché du travail soit structuré et que chacun des partenaires économiques prenne toute sa place dans cet équilibre.

Nous invitons la Fédération Internationale des Musiciens (FIM) et la Fédération Internationale des Acteurs (FIA) à étudier la possibilité de développer une coopération pour faciliter la formation régionale (Maghreb) des cadres syndicaux.

Il est de la responsabilité des pouvoirs publics d’assurer le financement continu de la formation des artistes, de promouvoir son développement et de soutenir la reconversion de certaines catégories d’artistes.

La formation artistique doit être multiculturelle, prendre en compte les cultures dans leur diversité, et proscrire toute tentative de hiérarchisation entre les différentes expressions artistiques.

Il est nécessaire de prendre plus particulièrement en considération le développement de la créativité féminine et de favoriser les groupements et organisations qui ont pour objectif de promouvoir le rôle des femmes dans les diverses branches de l’activité artistique.
Les pouvoirs publics sont appelés à renforcer, clarifier et rendre effective la protection des droits de propriété intellectuelle des auteurs et des artistes interprètes en leur permettant de contrôler les différentes formes d’exploitation de leurs œuvres et prestations, particulièrement dans le domaine audiovisuel, et d’obtenir la juste rémunération due à l’effort créateur.
A cet égard, et au vu des nouveaux modes d’exploitation des œuvres et des prestations, nous insistons sur la nécessaire coopération entre les organisations professionnelles d’artistes et l’Office National des Droits d’Auteurs (ONDA), afin d’assurer une gestion collective efficace et transparente au bénéfice des ayants droit.

Afin de promouvoir ces objectifs, les artistes signataires de la présente déclaration appellent à l’organisation d’un grand concert de solidarité en Algérie et en France, et à la création d’un syndicat national d’artistes indispensable à la défense de leurs intérêts professionnels.


 
 
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